
Thomas D’Ansembourg titre l’un de ses ouvrages : « cessez d’être gentils, soyez vrais ». Vaste sujet n’est-ce pas ? Plus j’observe mes relations et mes manières de me comporter dans mes relations, quelle qu’en soit la nature, plus je me rends compte qu’il est important d’oser dire sa vérité à l’autre, malgré la peur que cela dérange ou crée un désaccord voire un conflit. Parler vrai et aligné, c’est une preuve de fidélité à soi, à ce que l’on est, et la réaction de la personne en face de nous en dit long sur sa capacité à ne pas tout prendre personnellement (L’un des accords toltèques soit dit en passant) et sa capacité à nous accueillir et nous accepter (et donc à s’accepter elle-même), tel que l’on est, dans notre différence par rapport à elle-même.
Par ailleurs, j’ai aussi observé que parfois, nous taisions ce qui nous chagrine, nous le gardions, laissant la possibilité à cela de prendre plus d’espace en nous, laissant aussi la possibilité au mental de se nourrir de ce non-dit, d’échafauder toutes sortes de scenarios, de réactions possibles de l’autre (avec une préférence du mental pour les pires réactions bien sûr). Ce processus est je crois guidé par la peur du rejet, la peur de devoir affronter en face une situation de désaccord, voire de conflit et même de détérioration de la relation. En fait, je crois que c’est tout le contraire.
Selon Jacques Salomé, « tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime »… A ne pas dire ce qui nous préoccupe, ceci s’accumule ainsi en nous. Bien souvent, il en résulte un inconfort à l’intérieur de nous, avec des répercussions sur les différentes couches de notre être mental, énergétique, émotionnel physique. Ces non-dits peuvent se transformer en contrariété non exprimée, colère voire ressentiment envers l’autre, qui ressortira à un moment jugé opportun par notre être, parfois puissance 1000, parfois malgré nous, et générant plus de dégâts dans la relation que si le propos avait été exprimé à sa naissance, communiqué, mis à la connaissance de l’autre et géré ensemble : ça s’appelle la communication, oui oui…
Et précieuses et trop rares sont les personnes capables d’une telle écoute, d’un tel accueil, capable de ne pas laisser leurs parts blessées réagir de suite au propos déposé, et j’ai la chance d’avoir parmi les gens que j’aime de tels êtres, qui m’apprennent donc au fil des expériences et échanges, à oser dire, même quand j’ai peur… Et combien de fois ai-je été surprise, agréablement, de l’accueil de mes propos, alors que je me faisais une montagne des conséquences de leur expression. Cela m’évoque d’ailleurs un autre accord toltèque qui dit : ne jamais faire de supposition…
Et peut-être que la meilleure manière d’attirer à soi de tels êtres, et de transformer nos relations vers quelque chose de plus sain, consiste à incarner soi-même cette posture dans nos échanges et relations (« vois le changement que tu veux voir dans le monde », disait le Mahatma Gandhi). Alors oui, il est sûr que ce n’est pas toujours si facile à mettre en application au quotidien, car ce que l’on reçoit vient régulièrement nous chercher, nous piquer, par effet miroir ou autre, titiller certaines parts de nous qui ont besoin d’être apaisées. Néanmoins, avec de la Conscience, de l’entrainement, une réelle volonté et un travail honnête sur soi, on peut, pas après pas faire évoluer et voir grandir la relation qui devient plus résiliente, plutôt que de systématiquement la compliquer voire la rompre. On peut par exemple prendre un temps de silence pour laisser s’infuser en soi la parole de l’autre, avant de réagir et de formuler une réponse.
Car ne nous y trompons pas, s’éloigner et mettre un terme à une relation, qu’elle soit familiale, amicale, amoureuse ou autre, à la suite d’un désaccord ou un conflit, est parfois la solution certes, notamment lorsque les deux âmes ont terminé le bout de chemin qu’elles avaient à parcourir l’une près de l’autre. Mais dans certains cas, fuir ou s’éloigner devant la difficulté peut entrainer la reproduction du schéma dans la prochaine relation, ou dans une autre de nos relations actuelles, comme une autre possibilité de saisir, comprendre puis incarner l’enseignement qui se cachait derrière. C’est bien ans la relation à l’autre que l’on voit si les enseignements ont été intégrés ou pas. Et plus il y a d’affect et d’enjeu dans la relation, plus le challenge sera fort, et plus la récompense sera belle.. Alors ne vaut-il pas mieux, le plus tôt possible dans la relation, mettre en place cette attitude et ce comportement, afin de construire le lien sur une base saine, vraie et plus résiliente ? Je vous laisse en juger… Pour ma part, je m’y engage pleinement, malgré ce que cela me demande d’effort face à mes anciennes habitudes bien ancrées de fille et femme habituée à la suradaptation à l’autre… Ne vaut-il mieux pas une petite vague à traverser maintenant plutôt qu’une tempête à braver plus tard ?







